Référence :147689

Correspondance suivie : Septembre 1939 - décembre 1943

Marraine de guerre - 11éme RAC (RACLH - Rama)

[Moselle - Isère] Ensemble : près de 130 pièces, dactylographiées et manuscrites : une soixantaine de lettres reçues d officiers et soldats du 11ème RAC ; une soixantaine de lettres de Lucienne, marraine de guerre à Sillans (Isère), heureusement recopiées ou en brouillons (hélas, près de la moitié non datés) ; pièces divers. Septembre 1939 - avril 1940 pour l essentiel.

Le Groupe Lucienne , du prénom de la marraine, est le 3° groupe du 11ème d artillerie coloniale, groupe du Commandant Germain, chef des filleuls, Zizou ou Zizi, selon, pour sa chère marraine. Une dizaine de courrier sont dactylographies sur feuille portant l emblème singulier du groupe : Enorme ! Madame Le 11ème RAC (dérivé du 1er RAC en 1929 à Lorient) est composé de cadres coloniaux, de bigors malgaches et de jeunes recrues bretonnes. Il est rattaché au Corps d'armée colonial (CAC) qui se déploie dans la région de Thionville. Tout l hiver 39-40, ses tubes tirent sur tous les objectifs allemands dans des conditions climatiques très rudes. Il exécute également des raids avec ses batteries légères de 105. À l offensive allemande il épuise très rapidement ses munitions et rejoint la IIe armée dans le secteur de l'Aisne. Il résistent aux Allemands jusqu'au 10 juin 1940 où la retraite est ordonnée. Il combat en Argonne le 14 juin mais il est dispersé par la 6e Panzerdivision le 18. Les restes du régiment se rendent aux forces allemandes le 22 juin.Cette correspondance est initiée - et vigoureusement soutenue - par le commandant du groupe qui est un ami du ménage de Lucienne et Marcel (ils se sont connues au Maroc). Les filleuls se présentent, envoient des photos, évoque leur quotidien dans les limites autorisées par le censure, remercient pour les colis, n hésite pas à solliciter... La marraine prodigue, son coeur est divisé en « autant de petits casiers... » Sa photographie fait sensation : ses filleuls se fendent d une lette collective pour la « punir d être aussi jolie. Car c est presque un défaut pour une marraine » Ces échanges sont emprunts d une forte émotivité et font assauts de spiritualité. Zizou est le plus prolixe sur la situation et le ressenti militaire. De retour d une permission, en janvier, il écrit à son ami Marcel : J ai constaté qui si la guerre n est pas tout à fait terminée, elle est sur le point de l être car les gens s y sont confortablement installés [ ... ] On est d ailleurs bien gentil avec le militaire comme on le serait avec l idiot du village ; on le considère comme un pauvre type sans aucune relation, car, ne pas être affecté spécial au bout de trois mois de guerre dépasse l entendement du civil moyen... » En avril, il fait à la marraine le récit d une petite crise sur un poste avancé, « puisqu il est admis qu une marraine doit tout savoir ». La correspondance s interrompt en mai : une seule courte missive le 19 : « nous avons contenu le boche en lui causant de très grosses pertes. Vos filleuls bretons sont des types épatants qui se révèlent en ces occasions ... ». Quelque lettres suivent la débâcle : un capitaine demande des nouvelles de son commandant. Il se dirige vers Marseille, songe à gagner le Maroc « Nous gagnerons la guerre... Je suis optimiste... ». La marraine renoue enfin avec quelques filleuls prisonniers (Oflag XC de Lubeck). Singulier et très vivant.

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